L'imposture paléo - publié le 4 avril 2015

publié le 4 avril 2015
par Massimo Nespolo, Professeur à l'Université de Lorraine

Aujourd'hui, le nombre de personnes en surpoids dépasse largement celui des personnes sous-alimentées. D'après l'Organisation Mondiale de la Santé, à l’échelle mondiale, le nombre de cas d’obésité a doublé depuis 1980. Le surpoids (défini par un Indice de Masse Corporelle – IMC – supérieur à 25) concerne 1,4 milliard de personnes de 20 ans et plus, parmi lesquelles plus de 200 millions d’hommes et près 300 millions de femmes sont obèses (IMC supérieur à 30) [1]. En revanche, le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde, d'après les estimations de la FAO, était de 805 millions entre 2012 et 2014 [2]. Ces chiffres montrent à eux seuls que la Terre produit aujourd'hui largement assez de calories pour nourrir tout le monde et que la famine n'est pas un problème de production – comme voudraient nous faire croire les marchands d'OGM, qui masquent derrière de ridicules arguments faussement humanitaires leurs manœuvres pour s'emparer de la propriété de la nourriture en imposant des brevets – mais un problème de distribution. La nourriture qui devrait servir pour sustenter les populations de la planète est utilisée pour engraisser le bétail et satisfaire la folle avidité en produits animaux des pays riches, qui ensuite payent un lourd tribut sanitaire (60% des causes des décès en France sont liées au style de vie). La nourriture est encore utilisée comme marchandise sur laquelle spéculer sur les marchés financiers ; sans compter les quantités astronomiques de nourriture qui finit quotidiennement à la poubelle. La conclusion est évidente, même si glaciale : chaque homme, femme ou enfant qui meurt de faim dans le monde est assassiné par notre cupidité et notre irresponsabilité. Nous y revenons à la fin de l'analyse qui suit.

Nourrir des populations pauvres ne rapporte pas grand chose. En revanche, le marché du surpoids est juteux : il permet de faire prospérer non seulement les promoteurs sportifs (qui au moins poussent le consommateur à entreprendre une activité salutaire), mais aussi les gourous des régimes amaigrissants de tout genre, plus ou moins maquillés avec une étiquette « santé » sans aucun fondement, qui toutefois trompe facilement le consommateur non avisé. Le dernier fléau du genre est le régime paléolithique (également dénommé régime cétogène, l'alimentation de l'homme des cavernes, la diète paléolithique et l'alimentation de chasseurs-cueilleurs) : c'est la dernière métamorphose des régimes pauvres en glucides (« low-carb ») qui ont fait la richesse de leur inventeurs (Atkins, Dukan etc.) au frais de la santé de leur victimes. Il est basé sur la présomption que nos ancêtres, vivant au cours de l'ère paléolithique — une période allant de 10 000 à 2,5 millions d'années avant notre époque — se seraient nourris principalement avec des aliments d'origine animale. Selon la théorie de base derrière le régime paléo, à la suite de plus de deux millions d'années d'évolution, nous serions maintenant génétiquement adaptés à manger ce que mangeaient les chasseurs-cueilleurs — pour la plupart des aliments animaux. Ce régime montre aussi du doigt les féculents comme responsables des pathologies contemporaines, dans une perversion absolument aberrante des connaissances accumulées jusqu'à présent sur la relation entre alimentation et maladies. Nous présentons ici une analyse détaillée des absurdités sur lesquelles le régime paléo est fondé, largement basée sur un texte anglais dont la référence est donnée [3]. À la fin, nous revenons sur un exemple de gourou paléo français avec une petite analyse de ses incohérences. Des références à des études publiées dans des revues scientifiques à comité de lecture – seule source à prendre en considération quand on veut avoir une approche scientifique – sont données à la fin de cet article. Nous nous sommes restreints aux références les plus pertinentes mais le lecteur pourra vérifier lui-même sur la base de données de publications médicales MEDLINE (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed) que le nombre d'études prouvant l'exact contraire des thèses soutenues par les gourous paléo est impressionnant.

L'aberration des régimes faibles en glucides

Il ne peut y avoir de doute : les régimes pauvres en glucides alimentent la destruction de la santé humaine et de notre planète. « Faible teneur en glucides » signifie un régime alimentaire riche en aliments d'origine animale et faible en aliments végétaux. En fait, seules les plantes synthétisent des glucides (sucres). Le corps des animaux, y compris la viande rouge, volaille, fruits de mer, poissons et œufs, ne contiennent pas de glucides mais de petites quantités de glycogène, forme sous laquelle le glucose est stocké dans le foie. C'est bien parce que l'organisme ne synthétise pas de glucides et ne peut en stocker qu'une petite quantité qu'on a besoin d'en consommer fréquemment1. C'est la même chose pour les protéines. En revanche, l'organise synthétise les graisses dont il a besoin, à l'exception de deux acides gras essentiels (linoléique et alpha-linolénique), pour lesquels il dépend de l'alimentation. Mais les besoins en protéines et en acides gras essentiels sont beaucoup plus faibles que les besoins en glucides, qui représentent le « combustible » de notre organisme. Il suffit donc d'un minimum de bon sens pour comprendre que l'apport calorique doit provenir principalement des glucides. Le régime Atkins original est le summum du régime à faible teneur en glucides et une aberration absolue car il va à l'encontre des besoins de notre organisme. Ce régime amaigrissant fonctionne en affamant le corps humain en glucides afin d'induire un état de maladie (cétose), qui peut entraîner une perte de poids. Les adeptes de ce régime deviennent trop malades pour trop manger.

Pour tenter de corriger les méfaits évidents pour la santé humaine causée par l'ingestion de très faibles teneurs en glucides, leurs partisans (y compris l'Atkins Nutritionals) ont ajouté des fruits et des légumes non féculents à leurs programmes. Cet effort est censé déguiser et compenser les effets malsains de la consommation d'aliments d'origine animale à chaque repas.

Le régime paléo : le nouveau promoteur de la consommation de la planète et de ses habitants

Le régime paléo est l'approche la plus récente et la plus populaire du moins dans certains milieux, pour perdre du poids et il est aussi maquillé comme régime pour améliorer la santé et la longévité – alors que ses effets sont exactement opposés. Il se base sur l'ingestion de grandes quantités d'aliments d'origine animale (qui sont des aliments dépourvus en glucides et riches en protéines et/ou en matières grasses). Le régime paléo se compose principalement de viande, volaille, crustacés, poissons et œufs ; des végétaux non féculents de couleur orange, verte et jaune ; ainsi que des fruits et des noix. Cette approche interdit des féculents, y compris toutes les céréales, les légumineuses et les pommes de terre. À son actif, il exclut également les produits laitiers et les sucres raffinés. Le sel et les huiles raffinées (à l'exception de l'huile d'olive) sont également exclus.

Le livre The Paleo Diet (dernière édition 2011) est « la bible » pour les adeptes de cette approche. Rédigé par Loren Cordain, Ph.D., fondateur du « mouvement paléo », professeur au département de la santé et sciences de l'exercice à la Colorado State University, le régime paléo est censé être « le seul et unique régime qui correspond idéalement à notre constitution génétique. » L'auteur affirme que chaque être humain sur terre a mangé de cette façon pendant les dernières 2,5 millions d'années, jusqu'à l'aube de la révolution de l'Agriculture (il y a 10 000 ans), quand les céréales, légumineuses et pommes de terre ont été introduits dans le monde entier. Selon le Dr Cordain, «...il n'y avait pas une seule personne qui n'ait pas suivi le régime paléo. ». Avec le développement de l'agriculture il y a environ 10 000 ans, les « experts » paléo nous disent que la longévité et la santé humaine ont chuté. Aucune coïncidence, la révolution de l'Agriculture marque l'aube de la civilisation. « Civilisation » englobe notre état avancé de développement intellectuel, culturel et matériel, marqué par des progrès dans les arts, musique, sciences, langues, écriture, ordinateurs, transports et la politique.

« Si vous répétez un mensonge assez souvent, il devient la vérité »

Les promoteurs du régime paléo prétendent que nos ancêtres étaient des chasseurs-cueilleurs en mettant l'accent sur la chasse, peu importe si la recherche scientifique prouve le contraire. Ils basent leur hypothèse en grande partie sur un examen biaisé des populations de chasseurs-cueilleurs contemporaines, examen qui a été démonté scientifiquement [4].

Les primates, y compris les humains, ont pratiqué la chasse et la cueillette pendant des millions d'années. Il n'existe probablement aucune population de primates qui ait été végétalienne stricte. Néanmoins, les plantes ont représenté, à quelques exceptions près, la partie prépondérante de l'apport calorique pour presque tous les primates. Cette vérité a été impopulaire en partie à cause d'un trait humain bien reconnu, le sexisme. Les grands-parents, les femmes, les enfants, cueillaient, alors que les hommes chassaient. La gloire va toujours aux chasseurs.

Interrogé sur l'idée commune que nos ancêtres étaient principalement des carnivores, le célébré anthropologue , Nathanial Dominy, Ph.D., du Dartmouth College a répondu [5], « c'est un mythe. Chasseurs-cueilleurs, la majorité de leurs calories proviennent de plantes comestibles... la disponibilité de viande est tout simplement trop imprévisible ». Après avoir étudié les os, les dents et la génétique des primates pendant toute sa carrière de biologiste anthropologue, le Dr. Dominy, affirme : « les humains pourraient être mieux décrits comme 'starchivores' (consommateurs d'amidon) ».

Les promoteurs du régime paléo n'épargneraient aucun effort pour ignorer et fausser la science. Le grand public est à leur merci, jusqu'à ce qu'il consulte lui-même les études publiées dans les grandes revues scientifiques :

• Une étude publiée dans la revue Nature (version en ligne publiée le 27 juin 2012) signale que la quasi-totalité de l'alimentation de nos tous premiers ancêtres, datant d'il y a 2 millions d'années, était composée de feuilles, fruits, bois et écorces — un régime similaire à celui des chimpanzés des temps modernes [6].
• Des travaux publiés en 2009 dans la revue Science ont montré que les habitants d'une région qui correspond à l'actuel Mozambique, le long de la côte orientale de l'Afrique, suivaient un régime basé sur le sorgho il y a 105 000 ans [7].
• Les travaux de recherche publiés en 2011 dans la revue Proceedings of the National Academy of Science ont montré que même l'homme de Neandertal mangeait une variété d'aliments végétaux ; des grains d'amidon ont été trouvés sur les dents de leur squelette des régions chaudes de la Méditerranée orientale aux régions froides du nord-ouest de l'Europe. Il semble qu'ils aient même cuit et bien autrement préparée des aliments végétaux pour les rendre plus digestes, il y a 44 000 ans [8].
• Une étude publiée en 2010, dans la revue Proceedings of the National Academy of Science a montré que des grains d'amidon de plantes sauvages ont été relevés sur les meules des sites archéologiques datant de la période paléolithique en Italie, en Russie et en République Tchèque. Ces résultats suggèrent que le traitement des légumes et féculents et éventuellement leur broyage en farine étaient une pratique largement répandue en Europe il y a 30 000 ans ou même plus tôt [9].

Les mensonges menant le grand public à choisir des aliments qui menacent notre existence même ont été démontés depuis des décennies, mais le public aime entendre de bonnes nouvelles sur leurs mauvaises habitudes ; ainsi le régime paléo continue à recevoir une plate-forme très visible avec trop peu de débat public.

Le régime des chasseurs-cueilleurs est répugnant

Le Dr Cordain écrit, « Pour la plupart d'entre nous, l'idée de manger des organes n'est pas seulement répugnant, elle n'est également pas pratique car nous n'avons tout simplement pas accès au gibier sauvage. » Outre la viande habituelle - bœuf, veau, porc, poulet et poisson – le menu du disciple du régime paléo comprend aussi la viande d'alligator, d'ours, de kangourou, de cerf, de serpent à sonnettes et des sangliers. Des fournisseurs de viande de ces animaux sauvages sont cités dans son livre.

Plus de la moitié (55 %) de la nourriture d'un adepte du régime paléo vient de viandes maigres, des abats, de poissons et de fruits de la mer. Il est préférable de manger des animaux sauvages, mais la viande maigre de vaches, cochons et poulets achetés en magasins est aussi autorisée. La moelle osseuse ou les cervelles des animaux étaient deux des produits favoris de chasseurs-cueilleurs. Pour la plupart d'entre nous, l'idée de manger de la moelle épinière et de la cervelle est répugnante. Mais il y a encore pire.

Aucune mention n'est faite par les experts paléo des pratiques fréquentes et habituelles du cannibalisme nutritionnel pratiqué par les sociétés des chasseurs-cueilleurs (le cannibalisme nutritionnel se réfère à la consommation de chair humaine pour son goût et sa valeur nutritive.) Les archéologues ont trouvé des ossements de nos ancêtres datant d'un million d'années avec signes de décarnisation et des brisures d'os afin d'atteindre la moelle à l'intérieur ; d'autres signes prouvent que le cerveau des victimes avait aussi été consommé [10]. Les enfants n'étaient pas hors du menu. Sommes-nous censés manger les viandes préférées de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, qui ont vécu avant la révolution agricole ?

Le régime paléo est un cauchemar nutritionnel

Du fait de sa nature propre, le régime paléo est basé sur un fort apport en graisses saturées et cholestérol, responsables de l'athérosclérose, et sur les protéines animales acidifiantes, nuisibles pour les os. Des chercheurs renommés ont montré que les populations contemporaines de chasseurs-cueilleurs dont l'alimentation est basée sur la viande, comme les Inuits, souffrent de maladies cardiaques et d'autres formes d'athérosclérose [11], alors que celles qui basent leur alimentation sur les végétaux n'en souffrent pas. L'ostéoporose est également endémique parmi les chasseurs-cueilleurs qui consomment viande et poissons, spécifiquement les Inuits, à cause de la forte consommation de produits animaux [12].

Pour tenter de défendre une alimentation animale, les gourous du régime paléo croient que les nutriments néfastes de ces aliments sont neutralisés par l'apport de végétaux non féculents, comme les fruits, les légumes, les noix et les graines. Le Dr Cordain est lui-même obligé de reconnaître, dans son livre, qu'une alimentation très abondante en aliments riches en protéines animales rend une personne gravement malade avec nausées, vomissements, diarrhée et finalement mort par intoxication protéinée (phénomène connu sous le nom de « mal de caribou » [13]). Pour la plupart des personnes le plafond protéique est de 200 à 300 grammes par jour ou environ 30 à 40 % de la ration calorique quotidienne normale. Le régime paléo s'élève à environ 35 % de protéines. Contredisant ses avertissements, le Dr Cordain souligne régulièrement et fréquemment que « la protéine est l'amie du diététicien. »

La consommation d'aliments d'origine animale est la cause de nos maladies les plus courantes pour plusieurs raisons bien établies, y compris les faits incontestables qu'ils ne contiennent aucune fibre, sont contaminés par des microbes pathogènes (y compris les prions de la vache folle, les E. coli et les bactéries de la salmonelle) et contiennent les plus hauts niveaux des toxiques chimiques présents dans la chaîne alimentaire. N'oubliez pas, viandes rouges, volaille, poisson et œufs, dont le rôle dans ces pathologies ne fait plus aucun doute, constituent jusqu'à 55 % du régime paléo.

Le numéro du 21 juin 2012 de la revue médicale British Medical Journal a présenté les dernières mises à jour sur les risques à long terme pour la santé des régimes faibles en glucides et riche en protéines, et a indiqué qu' « en particulier, les femmes avaient une incidence plus élevée de 5 % de maladies cardiovasculaires (cardiopathies) pour chaque dixième d'augmentation du score faible en glucides haut en protéines, ce qui donne 62 % d'incidence plus élevée chez les femmes dans les catégories ayant l'apport plus élevé en protéines et plus faibles en glucides par rapport à celle ayant le régime opposé ». Ces régimes faibles en glucides, de Atkins au paléo, sont tout simplement dangereux [14].

Le régime paléo est en contradiction avec cette évidence : la plupart des populations ont vécu avec un régime alimentaire à base d'amidon

Toutes les grandes populations en bonne forme, en bonne santé, tout au long de l'histoire humaine, ont obtenu la plus grande partie de leurs calories des féculents. Les exemples incluent les Japonais, les Chinois et d'autres populations asiatiques se nourrissant auparavant essentiellement de patates douces, sarrasin ou riz ; les Incas en Amérique du Sud, consommateurs de pommes de terre ; les Mayas et les Aztèques en Amérique centrale, dont l'alimentation était basée sur le maïs ; et les Égyptiens au Moyen-Orient qui consommaient du blé. Il y a eu seulement quelques petites populations isolées de peuples primitifs, tels que les Esquimaux de l'Arctique, vivant dans des environnements extrêmes, avec une alimentation différente.

La documentation scientifique de ce que l'humanité a mangé depuis treize mille ans montre sans aucun doute que les féculents, pas les animaux, constituent la base de l'alimentation humaine.

Les hommes et les femmes suivant une alimentation basée sur les céréales et les légumineuses ont accompli la plupart des grands exploits dans l'histoire. Les anciens coacquéreurs d'Europe et d'Asie, notamment les armées d'Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.) et Genghis Khan (1162-1227 AD) [15] avaient des régimes alimentaires à base de féculents. Les légions de César se plaignaient quand ils avaient trop de viande dans leur régime alimentaire et ils préféraient mener le combat avec une alimentation à base de graines. Six aliments ont été à la base de la civilisation humaine : l'orge, le maïs, le millet, les pommes de terre, le riz et le blé.

Les populations vivant le plus longtemps sur la planète ont une alimentation à base de féculents, avec un apport limité d'aliments d'origine animale. On y trouve les habitants d'Okinawa (Japon), Sardaigne (Italie), Nicoya (Costa Rica), Ikaria, (Grèce) et les Adventistes du septième jour à Loma Linda en Californie, qui vivent dans ce qui s'appellent les « Zones bleues » [16-17].

Les régimes les plus efficaces jamais utilisés pour soigner les fléaux de santé publique comme les maladies cardio-vasculaires, le diabète de type 2, l'hypertension, l'hypercholestérolémie, l'arthrite et l'obésité réduisent au minimum les aliments d'origine animale et exigent que la majorité des calories proviennent des féculents, y compris des céréales, légumineuses et pommes de terre (aliments interdits dans le régime paléo).

Une adoption généralisée du régime paléo deviendrait rapidement une catastrophe écologique

Le rapport « Long Shadow de Livestock's : Environmental Issues and Options » (ONU, 2006) [18] donne la conclusion suivante : « le bétail a une forte incidence sur les ressources en eau, sur la terre et sur la biodiversité et contribue de manière significative aux changements climatiques. L'élevage produit 18 % des émissions de gaz à effet de serre du monde (équivalent CO2), comparé à 13,5 % pour toutes les formes de transport combiné ».

Ce rapport de l'Organisation mondiale de la santé est une estimation prudente de la destruction causée par les aliments que le régime paléo recommande de consommer en abondance. Des calculs effectués par le World Watch Institute trouvent que plus de 51  % des émissions de gaz à effet de serre seraient le résultat de l'élevage [19]. Un récent rapport du US Geological Survey [20] estime qu'il faut 15 000 à 68 000 litres d'eau pour produire la viande nécessaire pour faire un hamburger juteux. Toute personne que les gourous paléo convainquent de suivre un régime à base de nourriture animale fait un pas de plus vers la fin du monde tel que nous le connaissons.

Les civilisations n'auraient pas pu prospérer avec un régime paléo

Le Dr Cordain est bien obligé de reconnaître que son régime ne pourrait s'appliquer à vaste échelle « la révolution de l'Agriculture a changé le monde et a permis le développement des civilisations : connaissances scientifiques, réalisations technologiques et médicales, villes et culture ». En d'autres termes, si les populations étaient restées sur un régime basé sur des aliments d'origine animale (en supposant que nos ancêtres avaient réellement ce type de régime), nous vivrions encore à l'âge de Pierre. Heureusement, la révolution de l'Agriculture, avec la production efficace de céréales, légumineuses et pommes de terre, c'est-à-dire les aliments interdits par le régime paléo, nous a permis de devenir civilisés.

Le Dr Cordain termine l’édition 2011 de son best-seller « The Paleo Diet » avec l'avertissement : « sans eux (féculents, comme le blé, le riz, maïs et pommes de terre), le monde pourrait sans doute soutenir un dixième ou moins de notre population actuelle... ». Maintenant, à vous de choisir 10 amis proches ou membres de votre famille et décider les neuf parmi eux qui doivent succomber pour que le peuple paléo puisse trouver son chemin. Parce qu’il faut bien le reconnaître : le régime paléo est l’apothéose du gaspillage des ressources alimentaires : chaque adepte du régime paléo consomme indirectement, via les produits animaux dont il se gave, assez de ressources pour nourrir une dizaine d'êtres humains et participe ainsi au véritable génocide auquel nous assistons tous les ans, croyant être impuissants alors que c'est justement avec le choix du contenu de notre assiette que l'on choisit d'être complices – ou pas.

La tribu paléo débarque en France

Malgré toutes ces preuves, la tribu paléo redouble d'efforts pour nous faire croire en sa religion. En France, récemment, on entend avec insistance la voix d'un nouvel apologiste paléo, un certain Julien Venesson, qui a publié justement un livre à ce sujet, dans lequel il répète tous les mythes démontés ci-dessus. Qui est Julien Venesson ? D'après son CV, publié sur son site, il a comme formation un BAC S (91,9% des candidats au BAC S ont été reçus, en 2014[21]), ce qui ne l'empêche pas de se proclamer « professeur de nutrition » (dans une entreprise privée : aucune entreprise n'est qualifiée pour donner le titre de « professeur » à ses employés), « conseiller scientifique », « journaliste scientifique »… que des titres abusifs, au vu de sa formation scientifique, inexistante. Du haut de son incompétence, il balance des véritables mensonges : voici quelques exemples.

« Savez-vous que l'alimentation des centenaires sur Okinawa est Paléo à 90% ? Pas de céréales, pas de produits laitiers, seulement 70g de soja par jour en moyenne, principalement sous forme fermentée (peu de tofu ou équivalent) » (sur sa page Facebook). En réalité, les habitants d'Okinawa consomment de très grandes quantités de patates douces (« satsuma imo ») – aliment interdit dans le régime paléo décrit dans son livre – des quantités importantes de tofu, souvent dans une recette appelée « Chanpuru » (tofu sauté avec différents végétaux, éventuellement mais pas forcément avec du poisson ou du porc), des algues, des grandes quantités de végétaux : il s'agit d'un régime basé essentiellement sur les végétaux [22]. S'il est vrai que le porc jouit d'une considération remarquable à Okinawa, il est consommé essentiellement à l'occasion des fêtes mensuelles [23]. Des deux l'une : soit M. Venesson ment sciemment, soit il répète de fausses informations reçues d’on ne sait où sans prendre la peine de les vérifier (pourtant, même un petit tour sur Wikipédia suffit pour vérifier qu'il est complètement à côté de la plaque).
Pas satisfait, il récidive sur le magazine « Copmed » avec les affirmations suivantes :
« les légumineuses contiennent des substances toxiques, les lectines, les saponines, les inhibiteurs de trypsines ou les glycosides cyanogènes. Ces substances peuvent provoquer de l'inflammation ou des réactions auto-immunes chez certaines personnes prédisposées ». Voyons où se situe la réalité.

Tous les végétaux contiennent des lectines. Pour ne pas en consommer il faudrait pratiquement supprimer tous les fruits et légumes de l'alimentation : un rêve pour les gourous du régime paléo ! Les lectines forment un groupe très important de protéines bioactives présentes dans presque tous les organismes, y compris les plantes, les vertébrés, les invertébrés, les bactéries et les virus. Il s'agit de protéines ou glycoprotéines (c'est-à-dire composées d'une partie protéique liée à un glucide, ou « sucre ») qui agglutinent les érythrocytes de certains ou de tous les groupes sanguins in vitro, grâce à leur capacité de se lier au récepteurs sur les membranes cellulaires.
Purifiées, sur cultures cellulaires, elles peuvent produire des effets biologiques indésirables. Mais in vivo il n'existe aucun risque à consommer des aliments riches en lectines, car elles sont inactivées presque entièrement à la cuisson. Seulement la consommation de fortes doses d'aliments crus ou presque crus riches en lectines pourrait produire les effets attribués par les défenseurs du régime paléo : on peut raisonnablement se demander qui irait croquer des graines crues, surtout en quantité suffisante pour observer les effets indésirables soupçonnés ! Mais il y a un autre aspect que les paléo-apologistes ignorent (plus ou moins sciemment, au lecteur de se faire une opinion) : l'action anti-cancérigène des lectines, commune à la plupart des « antinutriments », action démontrée in vitro, in vivo, ainsi que dans les études sur les humains. Les lectines sont utilisées comme agents thérapeutiques car elles se lient préférentiellement aux membranes des cellules cancéreuses, traversent la barrière cellulaire et provoquent l'agglutination des cellules cancéreuses en déclenchant la mort (« apoptose »). L'ingestion de lectines d'ailleurs réduit les quantités de polyamines disponibles, dont les cellules cancéreuses se servent comme nutriment : le résultat est l'arrêt de la la croissance des cellules cancéreuses [24].

Les saponines sont des molécules naturellement produites par des plantes et des animaux, douées de propriétés tensioactives – c'est-à-dire de pouvoir se lier à la fois à une molécule polaire comme l'eau et à une molécule apolaire comme celle qui constitue l'huile. C'est cette propriété qu'on exploite dans les détergents, d'où le nom de « saponines », qui rappelle le savon (du latin «  saponem »). Chez les plantes, elles servent comme protection contre les microbes et les champignons. Injectées dans le sang ou dans les tissus, elles provoquent la dissolution (lyse) de cellules ou de tissus ou des globules rouges : cela n'a évidemment rien à voir avec l'effet d'une consommation alimentaire de produits contenant des saponines. Tout d'abord parce que la cuisson dégrade les saponines (seule la solanine, présente chez les solanacées : pomme de terre, tomate, piment, aubergine, résiste à la cuisson). Deuxièmement, les saponines ne sont pas absorbées mais agissent à niveau de l'intestin. Ainsi, elles se lient au cholestérol en formant des micelles insolubles qui en augment l'excrétion, ce qui explique l'effet hypocholestérolémiant des aliments contenant des saponines [25]. Entre autres, les saponines exercent un effet anti-inflammatoire (exactement le contraire de ce que voudrait nous faire croire M. Venesson!), antioxydant et anti-cancéreux [26]. En fait, les saponines et leurs métabolites produits par l'action des bactéries intestinales suppriment la prolifération des cellules cancéreuses du côlon et stimulent l'apoptose (mort programmée de la cellule, qui n'est plus active dans les cancers) [27,28] grâce à leur interaction avec les membranes cellulaires [29].

La trypsine, qui est une enzyme digestive du suc pancréatique, active certaines protéases associées avec l'invasion tumorale [30,31] qui apparaissent avec la trypsine dans la même tumeur. Les inhibiteurs de la trypsine bloquent la prolifération des cellules cancéreuses, notamment du sein [32] et préviennent efficacement le cancer colorectal et les processus inflammatoires dans l'intestin [33]. Elles sont activement étudiées comme agents thérapeutiques contre les pathologies auto-immunes, y compris la sclérose en plaques [34]. Encore une fois, c'est exactement le contraire de ce qu'affirme M. Venesson.

Les glycosides cyanogènes sont des composés contenant un sucre (d'où le terme « glycoside ») lié à d'autres groupes. L'aglycone – c'est-à-dire, ce qui reste après substitution du sucre par un atome d'hydrogène – contient un groupe cyanure. La libération de ce groupe est un moyen de défense de la plante contre les prédateurs. On trouve des glycosides cyanogènes dans les amandes amères, les cerises, les pommes, les prunes, les nectarines, les abricots, les framboises – tous des aliments bien connus pour être des sources d’empoisonnement ! Dans le passé, des allégations sur des prétendues vertus anti-cancérigènes de certaines glycosides cyanogènes, comme le laétrile (auparavant labellisé vitamine B17), qui est produit à partir de l'amygdaline (qu'on trouve dans certains végétaux, comme les amandes amères et les pépins des pommes) ont conduit à la commercialisation de ces produits purifiés, ce qui a effectivement produit des cas d'intoxication. La consommation sous forme d'aliments végétaux ne pose aucun risque, sauf par exemple en cas de très forte consommation de noyaux d'abricot (on imagine bien Monsieur tout le monde croquer des kilos de noyaux d'abricot!) ou de manioc, pas vraiment commun chez nous et qu'en tout cas il suffit de tremper pour en réduire le contenu en glycosides cyanogènes. Quoi qu'il en soit, la présence de quantités significatives de glycosides cyanogènes ne concerne pas les légumineuses, à l'exception des haricots de lima, qui n'ont jamais donné lieu à des cas d'intoxication [35]

Un régime alimentaire équilibré ?

Après avoir montré l'absurdité des arguments en faveur du régime paléo et avoir mis en évidence les dangers des recommandations de ce régime, on risquerait de laisser le lecteur sur sa faim si on ne donnait des principes, même si sommaires, pour une alimentation équilibrée. Sans pouvoir ni vouloir rentrer dans une analyse détaillée, on peut quand même présenter des lignes simples et faciles à mettre en place. Pour cela, il faut bien faire la distinction entre l'apport calorique et le volume de ration consommée. L'énergie apportée par un aliment, mesurée en kilocalories, provient des « macronutriments » : glucides, protéines, lipides (« graisses ») et alcool ; le reste (vitamines, minéraux, fibres, phytonutriments comme par exemple les polyphénols) n'apportent pratiquement pas de calories et ne rentre donc pas en compte dans l'apport énergétique. Il faut savoir qu'un gramme de glucides ou de protéines apporte 4 kilocalories, un gramme de lipides 9 kilocalories, 1 gramme d'alcool 7 kilocalories : l'apport énergétique global – que ce soit de 1000 ou 3000 kilocalories peu importe – résulte de la combinaison de ces quatre composants. Les besoins en protéines, en fonction de l'âge et de l'activité physique, varient entre 4% et 10% de l'apport calorique [37] : dans les sociétés occidentales on consomme bien trop de protéines, surtout animales, ce qui se traduit en une charge métabolique pour l'organisme, qui ne stocke pas les protéines, au contraire des lipides, avec formation de composés toxiques comme l'ammoniac, provenant de l'azote produit par le catabolisme des protéines. L'apport en lipides est lui aussi bien trop important dans nos sociétés développées : d'ailleurs, puisque les lipides sont les plus riches du point de vue énergétique, une forte consommation de lipides entraîne rapidement une surconsommation calorique, car les aliments riches en lipides sont énergétiquement très denses et peu rassasiants. L'organisme humain a des besoins plutôt faibles en lipides, qui concernent les deux acides gras essentiels (linoléique, oméga-6, et alpha-linolénique, oméga-3) et les vitamines liposolubles (A, D, E, K). L'alimentation occidentale est de loin trop riche en lipides, souvent au-delà de 30% de l'apport calorique (aux États-Unis on dépasse souvent les 40%), alors qu'un apport autour de 20% serait bien plus raisonnable et facilement atteignable, quoi que probablement encore élevé par rapport aux besoins, On ne compte pas ici l'alcool car, même si consommé, il ne devrait évidemment pas représenter une fraction importante de l'apport calorique. On voit ainsi qu'environ 70% des calories devrait venir de glucides, exactement le contraire de ce que les gourous paléo vont nous faire croire. Mais cela ne signifie pas qu'il faut se gaver de céréales et de pommes de terre, comme certains semblent le croire, car il faut bien différencier entre l'apport calorique et le volume consommé. Les aliments ne nous apportent pas seulement des macronutriments, mais aussi des micronutriments (vitamines, minéraux, phytonutriments), des fibres et de l'eau, dont l'importance est capitale. Ainsi, une partie prépondérante du volume consommé devrait venir d'aliments peu denses du point de vue nutritionnel (encore une fois, tout le contraire de ce qu'on lit dans la doctrine paléo) : surtout des légumes, qui sont riches en micronutriments, en fibre et en eau et donc très pauvres en calories (celles-ci venant essentiellement de glucides, car leur apport en protéines et lipides est très faible). Leur présence passe donc presque inaperçue quand on comptabilise les calories, mais elle devient très importante quand on prend en compte le volume. Le reste de la ration devrait venir d'aliments riches en glucides mais surtout à faible indice glycémique et insulinémique : ce sont donc les fabacées (plus couramment connues sous le nom de légumineuses : pois, haricots, lentilles, soja) à privilégier, qui d'ailleurs ont un apport équilibré entre fibres hydrosolubles et non hydrosolubles et sont très riches en phytonutriments (la grande famille des polyphénols y étant largement représentée). Les céréales peuvent bien évidemment rentrer dans la ration, à condition qu'ils soient complets (non raffinées) et sans aucune nécessité d'association (un autre mythe complètement dépourvu de tout fondement). Il faut insister sur l'erreur commise par nombre de végétariens qui semblent ne connaître que les céréales (et encore, une petite fraction d'entre elles) et négligent les fabacées, qui devraient en réalité représenter notre principale source alimentaire.

[1] OMS, Centre des médias, Obésité et surpoids, Aide-mémoire N°311, Août 2014 (http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs311/fr/)
[2] FAO, rapport sur la faim 2014 (http://www.fao.org/hunger/fr/)
[3] http://www.vegsource.com/news/2012/06/the-paleo-diet-is-uncivilized-and-...
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[5] http://www.youtube.com/watch?v=h0PF5R0ywp4 (interview en anglais)
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